Une poule qui fait des selles molles, ça inquiète. Mais avant de s’alarmer, encore faut-il savoir si c’est vraiment une diarrhée. Le système digestif des gallinacés produit deux types de fientes très différentes, et confondre les deux est une erreur fréquente chez les éleveurs débutants. Voici comment distinguer le normal du pathologique, soigner naturellement une diarrhée passagère et reconnaître les signes qui imposent une consultation vétérinaire.
Sommaire
ToggleFientes normales ou diarrhée réelle : comment faire la différence
Les poules produisent des fientes intestinales classiques, bien moulées, de couleur marron ou grisâtre avec une tache blanche d’urate (l’urine solide des oiseaux). Elles produisent aussi des fientes cæcales, beaucoup plus liquides, de couleur caramel à chocolat, collantes et fortement odorantes. Ces dernières apparaissent environ toutes les 8 à 10 fientes : elles signalent une flore bactérienne active, pas une maladie.
Une fiente aqueuse isolée par temps chaud n’est pas non plus alarmante. Les poules boivent davantage quand les températures grimpent. C’est la persistance des troubles, associée à une modification du comportement, qui doit alerter. Une poule qui reste prostrée dans un coin, les ailes tombantes, le plumage ébouriffé, qui n’mange plus ou qui perd du poids rapidement : là, c’est sérieux.
La couleur des fientes donne aussi de précieuses informations. Des selles jaune soufre et mousseuses évoquent l’histomonose ou la brachyspirose. Des fientes rosées ou rougeâtres sont le signe caractéristique de la coccidiose aviaire, causée par le parasite Eimeria, qui touche classiquement les jeunes entre 3 et 8 semaines. Des fientes vertes peuvent indiquer un jeûne prolongé ou des pathologies graves comme la typhose (une forme de salmonellose à Salmonella enterica) ou le choléra aviaire (Pasteurella multocida). Des fientes blanches chez un poussin évoquent la pullorose.
Si vous observez du sang dans les selles de façon répétée, un écoulement du bec ou des yeux, ou une respiration bruyante, ne perdez pas de temps. Ces signaux justifient une coproscopie réalisée par un laboratoire spécialisé. En France, Labofarm (35 – Ille-et-Vilaine) et VetAgro Sup Laboratoire de Parasitologie (69 – Rhône) réalisent ce type d’analyses. Le CEV Centre d’Expérimentation et de Validation (49 – Maine-et-Loire) propose aussi l’identification des Eimeria et des antibiogrammes.
Remèdes naturels pour soigner une diarrhée passagère chez la poule
Pour une diarrhée légère sans répercussion sur le comportement, plusieurs remèdes naturels donnent de bons résultats. La priorité absolue reste l’hydratation. Donnez une eau propre et fraîche, idéalement additionnée d’un électrolyte aviaire. Vous pouvez aussi acidifier l’eau avec 1 cuillère à soupe de vinaigre de cidre bio non pasteurisé par litre, deux fois par semaine. Ce vinaigre contient jusqu’à 1 g de potassium par litre et crée un milieu défavorable aux mauvaises bactéries dans le jabot et les intestins.
L’argile verte (environ 4 cuillères à café par litre d’eau) tapisse la paroi intestinale, absorbe les toxines et reminéralise grâce à sa teneur en silice et magnésium. En cas de suspicion d’intoxication alimentaire, le charbon végétal activé est le traitement d’urgence : sa posologie est de 2000 à 8000 mg/kg, dilué ou mélangé à une petite pâtée.
Le riz blanc cuit à l’eau (sans sel) aide mécaniquement à stopper une diarrhée passagère en absorbant l’excès de liquide dans l’intestin. Attention : il ne doit rester qu’un complément temporaire de 2 à 3 jours maximum pour éviter les carences. Il ne traite pas la cause d’une infection bactérienne ou parasitaire.
| Remède naturel | Posologie | Usage |
|---|---|---|
| Vinaigre de cidre bio | 1 c. à soupe / litre d’eau | Curatif et préventif |
| Argile verte | 4 c. à café / litre d’eau | Curatif (absorption toxines) |
| Argile de bentonite | 2% soit 20 g/kg d’aliment | Régulation du transit, cure 3 jours |
| Charbon végétal activé | 2000-8000 mg/kg | Intoxication alimentaire |
| Riz blanc cuit | Complément 2-3 jours max | Diarrhée passagère légère |
L’argile de bentonite mérite une attention particulière. Dosée à 2% dans la ration, soit 1 cuillère à soupe par kg d’aliment, elle forme un film cicatrisant sur la paroi intestinale, séquestre les mycotoxines et améliore la qualité des fientes en les raffermissant. Commencez par une cure de 3 jours et prolongez si nécessaire. Notez qu’elle ne doit pas être utilisée en même temps qu’un traitement antibiotique. Pour les troubles respiratoires associés, une tisane aux propriétés apaisantes peut inspirer des solutions complémentaires. Le thym (Thymus vulgaris) peut également être infusé : 30 g dans 1 litre d’eau, puis dilués dans 30 litres d’eau de boisson pendant 3 à 5 jours.
Prévention des troubles digestifs : alimentation, hygiène et bien-être
La meilleure façon de soigner une poule qui a la diarrhée, c’est d’éviter d’en arriver là. Côté alimentation, les extras (fruits, légumes, restes de table) ne doivent pas dépasser 10% de la ration quotidienne. Les aliments à bannir absolument sont le sel, le pain fermenté, les produits laitiers, les pommes de terre crues et les avocats. Ce sont des causes directes de diarrhées aqueuses occasionnellement sévères.
Quelques comportements alimentaires à risque méritent d’être listés :
- Donner trop de salade, pastèque ou courgettes en période de chaleur
- Distribuer des aliments moisis ou fermentés qui déséquilibrent la flore intestinale
- Proposer du pain, qui fermente dans le jabot
- Offrir des produits laitiers, indigestes pour les oiseaux
L’hygiène du poulailler est tout aussi décisive. Un nettoyage hebdomadaire complet, incluant le retrait de la litière souillée, le grattage des perchoirs et la désinfection des mangeoires et abreuvoirs, réduit considérablement la pression infectieuse. La terre de diatomée, saupoudrée dans les nids et sur le sol, élimine mécaniquement les parasites externes. Un traitement au crésol lors du vide sanitaire complète ce dispositif. Vermifugez vos poules au minimum 2 fois par an : l’ail contribue aussi à renforcer leurs défenses immunitaires et à les protéger contre les ascaris et ténias.
Le stress est un facteur souvent sous-estimé. Un transport, l’arrivée d’une nouvelle poule ou un prédateur rôdant autour de l’enclos peuvent déclencher une diarrhée de stress quasi instantanée, liée à une immunodépression passagère. Offrez à vos volailles un parcours herbeux d’au moins 10 à 20 m² par poule, des zones de repli sécurisées et une ombre suffisante par fortes chaleurs. Une légère augmentation de la température du poulailler de 1°C pendant 2 à 3 jours, avec une bonne ventilation, peut également aider lors d’épisodes digestifs. Pensez aussi à surveiller l’alimentation de vos autres animaux : tout comme les friandises peuvent nuire à la santé des chiens, les extras mal dosés fragilisent le microbiote des gallinacés.





